La légende de la Yerba Maté (conte Guarani)

Madame la Lune et le petit nuage AraïAu temps où le monde était déjà le monde, le Soleil, le Soleil, et la Lune, la Lune, au temps où les hommes se racontaient déjà des actions légendaires tout à fait prodigieuses, un beau jour, Madame la Lune fut prise de l’envie d’aller sur la terre.

Bien sûr, elle brillait sur les gens et sur les animaux depuis bien longtemps et, de temps en temps, les observait ; mais ce qu’elle en savait vraiment, elle ne l’avait appris que des récits du Soleil. Ce n’était donc pas étonnant qu’elle fut tourmentée du désir de voir, de ses propres yeux, ce monde inconnu et de l’observer de près.

Elle réfléchit longtemps à la façon de s’y prendre et, finalement, appela le petit nuage Araï qui l’accompagnait dans tous ses petits voyages dans les cieux et lui dit :

- Araï, je veux aller visiter la terre, qu’en dis-tu, tu viens avec moi ?

- Je viens, Madame la Lune, comme toujours, mais si tu veux vraiment voir quelque chose sur la terre, il ne faut pas que l’on te reconnaisse. Autrement, tous se mettraient à discutailler, à réclamer pour que tu éclaires plus, ou bien moins, ou bien pour que finalement, tu ne brilles plus du tout. Si bien que le mieux serait sans doute de descendre la nuit, quand tout dort… Voilà quels furent ses conseils et la Lune acquiesça docilement à tout ce que le petit nuage avait sagement décidé.

Encore dans le feu de l’action, elle alla s’entendre avec les étoiles, leur demandant de briller la nuit prochaine à sa place, pour que les ténèbres ne soient pas trop épaisses. Ensuite, dès que le soleil eut fait sortir ses rayons d’or derrière la Grande Eau, elle s’enfouit dans le petit nuage jusqu’au menton et s’endormit.

Dès que les étoiles se mirent à scintiller, Araï l’éveilla :

- Réveille-toi, réveille-toi, c'est l’heure!

La Lune se redressa d’un coup, prit le petit nuage dans ses bras, et les voilà qui descendent des cieux !

Ils touchèrent terre dans une vaste clairière de la forêt qui, en une seconde, se remplit de clarté comme pendant la journée.

- De cette façon, nous allons réveiller tout le monde, chuchota Araï, mais la Lune ne fit que pousser un profond soupir :

- Je sais bien que je brille trop fort, mais personne n’y peut rien faire.

Ils se creusèrent tous deux la tête un instant, puis Araï trouva la solution : il enveloppa la Lune de sa brume vaporeuse comme d’un voile, ainsi, elle semblait une fée rayonnante, mais la clarté s’était quand même un peu atténuée.

Ensuite, la Lune put enfin observer le monde de près. Elle regarda dans les nids endormis, s’amusa du spectacle des singes en train de ronfler, toqua avec curiosité sur la carapace de la tortue. Que de choses intéressantes recelait le monde, que de choses inconnues, cela l’empêcha d’entendre des pas furtifs qui la suivaient.

Le jaguar, ce nocturne buveur de sangLe jaguar, ce nocturne buveur de sang, avait tout de suite vu la Lune. Voilà une bonne friandise ! Tout doucement, il bandait ses muscles pour bondir et ni la Lune, ni Araï ne s’apercevaient de rien, quand, des fourrés, siffla une flèche et le cruel brigand s’affala sur place.

La Lune frémissait de peur, elle s’écria :

- Que... que... qu’est-ce qui se passe ?

Araï répondit :

- C’était un jaguar et il nous aurait sûrement dévorés. Mais qui nous a sauvés ?

Alors sortit des broussailles un petit vieillard indien avec son arc.

- C’était moi, Madame la Lune. Je ne peux plus dormir, je vais et je viens aux alentours et, aujourd’hui, j’ai enfin réussi à attraper ce misérable jaguar. Mais croyez bien que, sans cela, les choses auraient pu mal tourner...

- Tant que le monde sera monde, je te serai reconnaissante et je voudrais te récompenser de ton exploit d’aujourd’hui. Dis-moi, que souhaites-tu? demanda la Lune à l’Indien qui répondit :

- Un vieillard a besoin de bien peu de choses pour vivre. Et, tant que mes yeux seront perçants et mes bras solides, je me débrouillerai pour m’occuper tout seul de moi-même...

Alors, la Lune tourna le dos à l’Indien et chuchota quelques instants avec Araï, et quand elle lui fit de nouveau face, elle tendit au vieillard une tige garnie de menues feuilles. Elle dit :

- Voici mon présent pour tout ce que je te dois. Vous ferez infuser les feuilles de cette plante qui donne le maté, et vous le boirez pour que la bonne amitié règne parmi vous.

Après avoir dit ces mots, la Lune remonta dans les cieux avec Araï et, avant que le vieillard n’ait pu recouvrer ses esprits, elle brillait au milieu des étoiles, comme à l'accoutumée.

Il pensa que ce n’était qu’un rêve, mais la vue de la petite plante dans sa main le convainquit du contraire. Il retourna au village et, à l’aube de ce jour, les Indiens, pour la première fois, burent de l’infusion de maté.

Depuis ce temps-là, ils n’ont pas cessé d’en boire et à celui qui vient vers eux avec de la sympathie au cœur, ils en offrent, en témoignage de bonne amitié, comme le leur a prescrit Madame la Lune.

Vous ferez infuser les feuilles de cette plante qui donne le maté


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