Le cinquième soleil aztèque

5e soleil aztèquePendant bien longtemps, les quatre plus puissants dieux se demandèrent comment s'y prendre pour créer un cinquième soleil et qui soit meilleur que les autres mais ils n'arrivaient pas à se faire de la question une idée bien claire. Ils tinrent de nouveau conseil sur la place consacrée de Teotihuacan. Ils invitèrent cette fois les autres dieux de moindre puissance et ils se retrouvèrent finalement neuf cent quatre-vingt-dix-neuf.

C'était, certes, une imposante assemblée et les idées y furent proposées en grand nombre. Néanmoins, à la fin, tous se rallièrent à la dernière proposition : l'un d’eux devait se jeter dans le feu pour se transformer en soleil et les flammes l'élèveraient jusqu'aux cieux sous la forme d'un disque flamboyant.

Personne n'avait bien envie de se trouver pour la deuxième fois dans le feu, bien que les dieux ne brûlent pas vraiment.

Enfin, Tecciztecatl se présenta :

   - Moi, je donnerai ma lumière à la terre et vous verrez comme ce sera magnifique.

Mais presque tous les autres déclarèrent que ce n'était pas à lui qu'il fallait confier cette tâche, ils lui jetaient des regards de doute : Tecciztecatl avait une réputation de bavard et de hâbleur. Savait-on s'il allait tenir sa promesse ?... Ne valait-il pas mieux, pour plus de sûreté, le faire accompagner d'un autre?

Il y eut un moment de silence, puis tous les regards se dirigèrent vers Nanaoutzin. C'était une espèce de petit dieu timide, il ne refusait jamais rien, même quand, la plupart du temps, il en tirait des désagréments.

Aussi, cette fois encore, il déclara sans hésiter :

   - Pourquoi ne me jetterais-je pas dans le feu, si vous le désirez ? Je serais très heureux de devenir le soleil.

Les dieux furent bien contents que le plus dur soit fait et ils s'attaquèrent immédiatement aux préparatifs.

Tecciztecatl et Nanaoutzin passèrent quatre jours en prières et en sacrifices. Tecciztecatl apporta comme offrandes les riches plumes de l'oiseau quetzal, de l'or, des pierres précieuses et de beaux coraux rouges.

Le pauvre Nanaoutzin présenta des offrandes modestes, selon ses moyens : des roseaux, une épée de paille et les feuilles dures et acérées de l’agave qu'il avait arrosées de son propre sang.

Puis tous deux passèrent encore quatre jours dans le temple que les autres leur avaient édifié. Pendant ce temps, on préparait le feu.

Quand vint l'instant décisif, Tecciztecatl se montra, revêtu d'une armure de plumes d'oiseaux. Nanaoutzin, lui, portait son manteau de paille. Et tous deux se dirigèrent vers le feu.

Là les attendaient les dieux, rangés sur deux files. Ils se tournèrent tous ensemble vers Tecciztecatl et lui crièrent :

   - Saute, saute dans le feu !

Tecciztecatl s'avança de quatre pas... De huit pas... Au dernier instant, quand il fut au bord de l'énorme brasier, il lui tourna honteusement le dos. Trois fois encore, sa peur domina son courage. Alors les dieux se tournèrent vers Nanaoutzin :

   - Saute, saute dans le feu !

Sans une seconde d'hésitation le bonhomme se jeta dans les flammes. Le foyer gronda, les étincelles jaillirent de tous les côtés comme des fleurs de feu et l'engloutirent. À la minute même, Tecciztecatl retrouva son courage perdu et se jeta aussi dans les flammes.

II se fit un grand silence. Les dieux attendaient de voir pour la première fois se lever le soleil... et ils virent Nanaoutzin pendant qu'il se transformait en un soleil, le cinquième.

Et, d'un coup, les rouges rayons de l'aurore embrasèrent le monde. La clarté grandissait et, à l'orient, apparaissait un anneau d'or. Il monta dans le ciel et, bientôt, y resplendit en un disque parfait dont l'étincèlement éblouissait les yeux. Les modestes offrandes de Nanaoutzin avaient porté leurs fruits.

Mais, qu’arrivait-il ? Voilà que se mettait à luire un deuxième soleil ! Quelle impudence !

   - C'est Tecciztecatl, s'écrièrent les dieux, et la fureur les envahit.

   - Pourquoi cette espèce de lâche brillerait-il d'une lumière aussi éclatante que celle de Nanaoutzin ? Non ! Non ! Jamais ! Il ne deviendra que la lune, qui arrive toujours après le soleil... Et l'un d'eux jeta un lièvre à la tête de Tecciztecatl pour diminuer son éclat.

Et c'est ce jour-là que notre soleil brilla pour la première fois dans les cieux et aussi que naquit la lune. Les dieux, après cela, pouvaient s'accorder quelques moments de repos.


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